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collection
Jérôme Alric

Consultation de soins palliatifs. Quelle(s) parole(s) pour quel(s) sujet(s)?

Ce livre comporte deux contributions. La première porte sur la thèse principale défendue par J. Alric, la seconde est la reprise d’une conférence où, dans des enjeux semblables, l’auteur s’interroge sur les motifs rendant difficile, si pas impossible l’accueil de patients porteurs d’une maladie psychiatrique en unité de soins palliatifs. Quelle est la thèse de l’auteur ? Il part d’un constat, celui d’une médecine technique, objectivante, prédictive introduisant de plus en plus le patient en situation de dégradation physique dans un rapport de « certitude » avec sa mort proche, comme si le clinicien, au nom de l’autonomie du patient, de son droit à l’information, se devait de lui dire de la manière la plus vraie, la plus exacte où il se trouve dans son rapport à sa vie et à la mort. Cette dynamique d’information centrée sur une vérité à dire au patient correspond également, d’une certaine manière, à une visée initiale des soins palliatifs : ne plus cacher la mort au patient, l’y préparer, voire l’accompagner à l’accepter (ce sont les fameux stades du mourir initiés par E. Kübler-Ross et rendus de nos jours si familiers). Cependant, si cette lutte contre un paternalisme médical et une « loi du silence » qu’il fallait résolument briser à l’égard de la mort possible s’avérait urgent, cette insistance sur le réalisme de la mort peut provoquer d’autres dégâts de nature psychique auprès du patient, le mettant dans l’impossibilité d’élaborer de l’incertitude, de l’énigme, du mystère face à son propre devenir. Et tel est bien le plaidoyer radical de Jérôme Alric, celui de l’Éloge de la tranquillité, permettant au patient en fin de vie de vivre ses propres contradictions intérieures et d’être accueilli dans sa propre parole – la sienne réellement – et non celle qui serait attendue du clinicien et/ou de l’accompagnant, inscrite dans un réalisme « plus grand » de la mort qui vient. En d’autres mots, il s’agit de pouvoir accepter les ambivalences, les changements comme des modalités d’un processus psychique qui continue à maintenir la vie au cœur d’une parole qui laisse toute sa place à son propre imaginaire. Ceci nécessite, pour Alric, une conversion de l’accompagnant, et plus particulièrement encore du psychologue clinicien, celle « de prêter ses mots et ses pensées au malade, afin que ce dernier puisse s’y arrimer » (p. 53). On ne se trouve plus ici dans une extériorité d’un accompagnement où celle, celui qui accompagne se contenterait d’être une caisse de résonance de l’autre. Il s’agit ici de s’engager avec et pour l’autre, au rythme de sa propre parole. Il en ressort bien sûr une dimension éthique – essentielle à nos yeux –, celle de reconnaître en la personne malade une vérité subjective qui ne relève pas de l’exactitude de la science médicale mais qui ouvre à une temporalité nouvelle, celle d’un sujet non enfermé dans son propre pronostic.Ce petit livre est, de notre point de vue, d’un triple intérêt pour qu’on se l’approprie résolument. Tout d’abord, s’il souligne tout l’intérêt de la démarche palliative dans sa genèse voici trente ans, il invite à réfléchir les conditions nouvelles de son exercice au cœur d’une médecine qui « dit la vérité » au patient, avec réalisme et « certitude ». La thèse ici formulée permet également de mieux appréhender la difficulté de rédaction des directives anticipées qui, dans une temporalité non fixée, introduisent le sujet dans un rapport certain à la mort, anticipation pouvant empêcher une mouvement psychique lieu de la vérité du sujet. Enfin, les développements proposés par l’auteur contribuent à l’enrichissement de ce que peut revêtir un accompagnement spirituel s’il est question d’oser s’ouvrir, dans une certaine mutualité de la parole, à ce que vivent les sujets concernés, patient et accompagnant.Dominique JACQUEMIN

interview

Consultation de soins palliatifs. Quelle(s) parole(s) pour quel(s) sujet(s)?

Ce livre comporte deux contributions. La première porte sur la thèse principale défendue par J. Alric, la seconde est la reprise d’une conférence où, dans des enjeux semblables, l’auteur s’interroge sur les motifs rendant difficile, si pas impossible l’accueil de patients porteurs d’une maladie psychiatrique en unité de soins palliatifs. Quelle est la thèse de l’auteur ? Il part d’un constat, celui d’une médecine technique, objectivante, prédictive introduisant de plus en plus le patient en situation de dégradation physique dans un rapport de « certitude » avec sa mort proche, comme si le clinicien, au nom de l’autonomie du patient, de son droit à l’information, se devait de lui dire de la manière la plus vraie, la plus exacte où il se trouve dans son rapport à sa vie et à la mort. Cette dynamique d’information centrée sur une vérité à dire au patient correspond également, d’une certaine manière, à une visée initiale des soins palliatifs : ne plus cacher la mort au patient, l’y préparer, voire l’accompagner à l’accepter (ce sont les fameux stades du mourir initiés par E. Kübler-Ross et rendus de nos jours si familiers). Cependant, si cette lutte contre un paternalisme médical et une « loi du silence » qu’il fallait résolument briser à l’égard de la mort possible s’avérait urgent, cette insistance sur le réalisme de la mort peut provoquer d’autres dégâts de nature psychique auprès du patient, le mettant dans l’impossibilité d’élaborer de l’incertitude, de l’énigme, du mystère face à son propre devenir. Et tel est bien le plaidoyer radical de Jérôme Alric, celui de l’Éloge de la tranquillité, permettant au patient en fin de vie de vivre ses propres contradictions intérieures et d’être accueilli dans sa propre parole – la sienne réellement – et non celle qui serait attendue du clinicien et/ou de l’accompagnant, inscrite dans un réalisme « plus grand » de la mort qui vient. En d’autres mots, il s’agit de pouvoir accepter les ambivalences, les changements comme des modalités d’un processus psychique qui continue à maintenir la vie au cœur d’une parole qui laisse toute sa place à son propre imaginaire. Ceci nécessite, pour Alric, une conversion de l’accompagnant, et plus particulièrement encore du psychologue clinicien, celle « de prêter ses mots et ses pensées au malade, afin que ce dernier puisse s’y arrimer » (p. 53). On ne se trouve plus ici dans une extériorité d’un accompagnement où celle, celui qui accompagne se contenterait d’être une caisse de résonance de l’autre. Il s’agit ici de s’engager avec et pour l’autre, au rythme de sa propre parole. Il en ressort bien sûr une dimension éthique – essentielle à nos yeux –, celle de reconnaître en la personne malade une vérité subjective qui ne relève pas de l’exactitude de la science médicale mais qui ouvre à une temporalité nouvelle, celle d’un sujet non enfermé dans son propre pronostic.Ce petit livre est, de notre point de vue, d’un triple intérêt pour qu’on se l’approprie résolument. Tout d’abord, s’il souligne tout l’intérêt de la démarche palliative dans sa genèse voici trente ans, il invite à réfléchir les conditions nouvelles de son exercice au cœur d’une médecine qui « dit la vérité » au patient, avec réalisme et « certitude ». La thèse ici formulée permet également de mieux appréhender la difficulté de rédaction des directives anticipées qui, dans une temporalité non fixée, introduisent le sujet dans un rapport certain à la mort, anticipation pouvant empêcher une mouvement psychique lieu de la vérité du sujet. Enfin, les développements proposés par l’auteur contribuent à l’enrichissement de ce que peut revêtir un accompagnement spirituel s’il est question d’oser s’ouvrir, dans une certaine mutualité de la parole, à ce que vivent les sujets concernés, patient et accompagnant.Dominique JACQUEMIN

Compte-rendu de colloque

Consultation de soins palliatifs. Quelle(s) parole(s) pour quel(s) sujet(s)?

Ce livre comporte deux contributions. La première porte sur la thèse principale défendue par J. Alric, la seconde est la reprise d’une conférence où, dans des enjeux semblables, l’auteur s’interroge sur les motifs rendant difficile, si pas impossible l’accueil de patients porteurs d’une maladie psychiatrique en unité de soins palliatifs. Quelle est la thèse de l’auteur ? Il part d’un constat, celui d’une médecine technique, objectivante, prédictive introduisant de plus en plus le patient en situation de dégradation physique dans un rapport de « certitude » avec sa mort proche, comme si le clinicien, au nom de l’autonomie du patient, de son droit à l’information, se devait de lui dire de la manière la plus vraie, la plus exacte où il se trouve dans son rapport à sa vie et à la mort. Cette dynamique d’information centrée sur une vérité à dire au patient correspond également, d’une certaine manière, à une visée initiale des soins palliatifs : ne plus cacher la mort au patient, l’y préparer, voire l’accompagner à l’accepter (ce sont les fameux stades du mourir initiés par E. Kübler-Ross et rendus de nos jours si familiers). Cependant, si cette lutte contre un paternalisme médical et une « loi du silence » qu’il fallait résolument briser à l’égard de la mort possible s’avérait urgent, cette insistance sur le réalisme de la mort peut provoquer d’autres dégâts de nature psychique auprès du patient, le mettant dans l’impossibilité d’élaborer de l’incertitude, de l’énigme, du mystère face à son propre devenir. Et tel est bien le plaidoyer radical de Jérôme Alric, celui de l’Éloge de la tranquillité, permettant au patient en fin de vie de vivre ses propres contradictions intérieures et d’être accueilli dans sa propre parole – la sienne réellement – et non celle qui serait attendue du clinicien et/ou de l’accompagnant, inscrite dans un réalisme « plus grand » de la mort qui vient. En d’autres mots, il s’agit de pouvoir accepter les ambivalences, les changements comme des modalités d’un processus psychique qui continue à maintenir la vie au cœur d’une parole qui laisse toute sa place à son propre imaginaire. Ceci nécessite, pour Alric, une conversion de l’accompagnant, et plus particulièrement encore du psychologue clinicien, celle « de prêter ses mots et ses pensées au malade, afin que ce dernier puisse s’y arrimer » (p. 53). On ne se trouve plus ici dans une extériorité d’un accompagnement où celle, celui qui accompagne se contenterait d’être une caisse de résonance de l’autre. Il s’agit ici de s’engager avec et pour l’autre, au rythme de sa propre parole. Il en ressort bien sûr une dimension éthique – essentielle à nos yeux –, celle de reconnaître en la personne malade une vérité subjective qui ne relève pas de l’exactitude de la science médicale mais qui ouvre à une temporalité nouvelle, celle d’un sujet non enfermé dans son propre pronostic.Ce petit livre est, de notre point de vue, d’un triple intérêt pour qu’on se l’approprie résolument. Tout d’abord, s’il souligne tout l’intérêt de la démarche palliative dans sa genèse voici trente ans, il invite à réfléchir les conditions nouvelles de son exercice au cœur d’une médecine qui « dit la vérité » au patient, avec réalisme et « certitude ». La thèse ici formulée permet également de mieux appréhender la difficulté de rédaction des directives anticipées qui, dans une temporalité non fixée, introduisent le sujet dans un rapport certain à la mort, anticipation pouvant empêcher une mouvement psychique lieu de la vérité du sujet. Enfin, les développements proposés par l’auteur contribuent à l’enrichissement de ce que peut revêtir un accompagnement spirituel s’il est question d’oser s’ouvrir, dans une certaine mutualité de la parole, à ce que vivent les sujets concernés, patient et accompagnant.Dominique JACQUEMIN

Consultation de soins palliatifs. Quelle(s) parole(s) pour quel(s) sujet(s)?

Ce livre comporte deux contributions. La première porte sur la thèse principale défendue par J. Alric, la seconde est la reprise d’une conférence où, dans des enjeux semblables, l’auteur s’interroge sur les motifs rendant difficile, si pas impossible l’accueil de patients porteurs d’une maladie psychiatrique en unité de soins palliatifs. Quelle est la thèse de l’auteur ? Il part d’un constat, celui d’une médecine technique, objectivante, prédictive introduisant de plus en plus le patient en situation de dégradation physique dans un rapport de « certitude » avec sa mort proche, comme si le clinicien, au nom de l’autonomie du patient, de son droit à l’information, se devait de lui dire de la manière la plus vraie, la plus exacte où il se trouve dans son rapport à sa vie et à la mort. Cette dynamique d’information centrée sur une vérité à dire au patient correspond également, d’une certaine manière, à une visée initiale des soins palliatifs : ne plus cacher la mort au patient, l’y préparer, voire l’accompagner à l’accepter (ce sont les fameux stades du mourir initiés par E. Kübler-Ross et rendus de nos jours si familiers). Cependant, si cette lutte contre un paternalisme médical et une « loi du silence » qu’il fallait résolument briser à l’égard de la mort possible s’avérait urgent, cette insistance sur le réalisme de la mort peut provoquer d’autres dégâts de nature psychique auprès du patient, le mettant dans l’impossibilité d’élaborer de l’incertitude, de l’énigme, du mystère face à son propre devenir. Et tel est bien le plaidoyer radical de Jérôme Alric, celui de l’Éloge de la tranquillité, permettant au patient en fin de vie de vivre ses propres contradictions intérieures et d’être accueilli dans sa propre parole – la sienne réellement – et non celle qui serait attendue du clinicien et/ou de l’accompagnant, inscrite dans un réalisme « plus grand » de la mort qui vient. En d’autres mots, il s’agit de pouvoir accepter les ambivalences, les changements comme des modalités d’un processus psychique qui continue à maintenir la vie au cœur d’une parole qui laisse toute sa place à son propre imaginaire. Ceci nécessite, pour Alric, une conversion de l’accompagnant, et plus particulièrement encore du psychologue clinicien, celle « de prêter ses mots et ses pensées au malade, afin que ce dernier puisse s’y arrimer » (p. 53). On ne se trouve plus ici dans une extériorité d’un accompagnement où celle, celui qui accompagne se contenterait d’être une caisse de résonance de l’autre. Il s’agit ici de s’engager avec et pour l’autre, au rythme de sa propre parole. Il en ressort bien sûr une dimension éthique – essentielle à nos yeux –, celle de reconnaître en la personne malade une vérité subjective qui ne relève pas de l’exactitude de la science médicale mais qui ouvre à une temporalité nouvelle, celle d’un sujet non enfermé dans son propre pronostic.Ce petit livre est, de notre point de vue, d’un triple intérêt pour qu’on se l’approprie résolument. Tout d’abord, s’il souligne tout l’intérêt de la démarche palliative dans sa genèse voici trente ans, il invite à réfléchir les conditions nouvelles de son exercice au cœur d’une médecine qui « dit la vérité » au patient, avec réalisme et « certitude ». La thèse ici formulée permet également de mieux appréhender la difficulté de rédaction des directives anticipées qui, dans une temporalité non fixée, introduisent le sujet dans un rapport certain à la mort, anticipation pouvant empêcher une mouvement psychique lieu de la vérité du sujet. Enfin, les développements proposés par l’auteur contribuent à l’enrichissement de ce que peut revêtir un accompagnement spirituel s’il est question d’oser s’ouvrir, dans une certaine mutualité de la parole, à ce que vivent les sujets concernés, patient et accompagnant.Dominique JACQUEMIN

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Ce livre comporte deux contributions. La première porte sur la thèse principale défendue par J. Alric, la seconde est la reprise d’une conférence où, dans des enjeux semblables, l’auteur s’interroge sur les motifs rendant difficile, si pas impossible l’accueil de patients porteurs d’une maladie psychiatrique en unité de soins palliatifs. Quelle est la thèse de l’auteur ? Il part d’un constat, celui d’une médecine technique, objectivante, prédictive introduisant de plus en plus le patient en situation de dégradation physique dans un rapport de « certitude » avec sa mort proche, comme si le clinicien, au nom de l’autonomie du patient, de son droit à l’information, se devait de lui dire de la manière la plus vraie, la plus exacte où il se trouve dans son rapport à sa vie et à la mort. Cette dynamique d’information centrée sur une vérité à dire au patient correspond également, d’une certaine manière, à une visée initiale des soins palliatifs : ne plus cacher la mort au patient, l’y préparer, voire l’accompagner à l’accepter (ce sont les fameux stades du mourir initiés par E. Kübler-Ross et rendus de nos jours si familiers). Cependant, si cette lutte contre un paternalisme médical et une « loi du silence » qu’il fallait résolument briser à l’égard de la mort possible s’avérait urgent, cette insistance sur le réalisme de la mort peut provoquer d’autres dégâts de nature psychique auprès du patient, le mettant dans l’impossibilité d’élaborer de l’incertitude, de l’énigme, du mystère face à son propre devenir. Et tel est bien le plaidoyer radical de Jérôme Alric, celui de l’Éloge de la tranquillité, permettant au patient en fin de vie de vivre ses propres contradictions intérieures et d’être accueilli dans sa propre parole – la sienne réellement – et non celle qui serait attendue du clinicien et/ou de l’accompagnant, inscrite dans un réalisme « plus grand » de la mort qui vient. En d’autres mots, il s’agit de pouvoir accepter les ambivalences, les changements comme des modalités d’un processus psychique qui continue à maintenir la vie au cœur d’une parole qui laisse toute sa place à son propre imaginaire. Ceci nécessite, pour Alric, une conversion de l’accompagnant, et plus particulièrement encore du psychologue clinicien, celle « de prêter ses mots et ses pensées au malade, afin que ce dernier puisse s’y arrimer » (p. 53). On ne se trouve plus ici dans une extériorité d’un accompagnement où celle, celui qui accompagne se contenterait d’être une caisse de résonance de l’autre. Il s’agit ici de s’engager avec et pour l’autre, au rythme de sa propre parole. Il en ressort bien sûr une dimension éthique – essentielle à nos yeux –, celle de reconnaître en la personne malade une vérité subjective qui ne relève pas de l’exactitude de la science médicale mais qui ouvre à une temporalité nouvelle, celle d’un sujet non enfermé dans son propre pronostic.Ce petit livre est, de notre point de vue, d’un triple intérêt pour qu’on se l’approprie résolument. Tout d’abord, s’il souligne tout l’intérêt de la démarche palliative dans sa genèse voici trente ans, il invite à réfléchir les conditions nouvelles de son exercice au cœur d’une médecine qui « dit la vérité » au patient, avec réalisme et « certitude ». La thèse ici formulée permet également de mieux appréhender la difficulté de rédaction des directives anticipées qui, dans une temporalité non fixée, introduisent le sujet dans un rapport certain à la mort, anticipation pouvant empêcher une mouvement psychique lieu de la vérité du sujet. Enfin, les développements proposés par l’auteur contribuent à l’enrichissement de ce que peut revêtir un accompagnement spirituel s’il est question d’oser s’ouvrir, dans une certaine mutualité de la parole, à ce que vivent les sujets concernés, patient et accompagnant.Dominique JACQUEMIN

Consultation de soins palliatifs. Quelle(s) parole(s) pour quel(s) sujet(s)?

Ce livre comporte deux contributions. La première porte sur la thèse principale défendue par J. Alric, la seconde est la reprise d’une conférence où, dans des enjeux semblables, l’auteur s’interroge sur les motifs rendant difficile, si pas impossible l’accueil de patients porteurs d’une maladie psychiatrique en unité de soins palliatifs. Quelle est la thèse de l’auteur ? Il part d’un constat, celui d’une médecine technique, objectivante, prédictive introduisant de plus en plus le patient en situation de dégradation physique dans un rapport de « certitude » avec sa mort proche, comme si le clinicien, au nom de l’autonomie du patient, de son droit à l’information, se devait de lui dire de la manière la plus vraie, la plus exacte où il se trouve dans son rapport à sa vie et à la mort. Cette dynamique d’information centrée sur une vérité à dire au patient correspond également, d’une certaine manière, à une visée initiale des soins palliatifs : ne plus cacher la mort au patient, l’y préparer, voire l’accompagner à l’accepter (ce sont les fameux stades du mourir initiés par E. Kübler-Ross et rendus de nos jours si familiers). Cependant, si cette lutte contre un paternalisme médical et une « loi du silence » qu’il fallait résolument briser à l’égard de la mort possible s’avérait urgent, cette insistance sur le réalisme de la mort peut provoquer d’autres dégâts de nature psychique auprès du patient, le mettant dans l’impossibilité d’élaborer de l’incertitude, de l’énigme, du mystère face à son propre devenir. Et tel est bien le plaidoyer radical de Jérôme Alric, celui de l’Éloge de la tranquillité, permettant au patient en fin de vie de vivre ses propres contradictions intérieures et d’être accueilli dans sa propre parole – la sienne réellement – et non celle qui serait attendue du clinicien et/ou de l’accompagnant, inscrite dans un réalisme « plus grand » de la mort qui vient. En d’autres mots, il s’agit de pouvoir accepter les ambivalences, les changements comme des modalités d’un processus psychique qui continue à maintenir la vie au cœur d’une parole qui laisse toute sa place à son propre imaginaire. Ceci nécessite, pour Alric, une conversion de l’accompagnant, et plus particulièrement encore du psychologue clinicien, celle « de prêter ses mots et ses pensées au malade, afin que ce dernier puisse s’y arrimer » (p. 53). On ne se trouve plus ici dans une extériorité d’un accompagnement où celle, celui qui accompagne se contenterait d’être une caisse de résonance de l’autre. Il s’agit ici de s’engager avec et pour l’autre, au rythme de sa propre parole. Il en ressort bien sûr une dimension éthique – essentielle à nos yeux –, celle de reconnaître en la personne malade une vérité subjective qui ne relève pas de l’exactitude de la science médicale mais qui ouvre à une temporalité nouvelle, celle d’un sujet non enfermé dans son propre pronostic.Ce petit livre est, de notre point de vue, d’un triple intérêt pour qu’on se l’approprie résolument. Tout d’abord, s’il souligne tout l’intérêt de la démarche palliative dans sa genèse voici trente ans, il invite à réfléchir les conditions nouvelles de son exercice au cœur d’une médecine qui « dit la vérité » au patient, avec réalisme et « certitude ». La thèse ici formulée permet également de mieux appréhender la difficulté de rédaction des directives anticipées qui, dans une temporalité non fixée, introduisent le sujet dans un rapport certain à la mort, anticipation pouvant empêcher une mouvement psychique lieu de la vérité du sujet. Enfin, les développements proposés par l’auteur contribuent à l’enrichissement de ce que peut revêtir un accompagnement spirituel s’il est question d’oser s’ouvrir, dans une certaine mutualité de la parole, à ce que vivent les sujets concernés, patient et accompagnant.Dominique JACQUEMIN