Notre
collection
Aurélia Damarey-Dury, Christine Loisel-Buet

Accordage(s)

Apprendre du corps

Un ouvrage d’écriture de deux femmes frappées par l’expérience de la maladie venue désaccorder leur propre corps. Aurélia, jeune psychologue clinicienne, est porteuse d’un cancer du côlon stade 4 ; Christine, professeure de danse, pédopsychiatre à la retraite, psychanalyste, porteuse d’une maladie auto-immune rare et invalidante (syndrome de Gougerot-Sjören). Il s’agit d’une contribution riche, originale, déroutante parfois permettant, nous semble-t-il, une relecture à trois niveaux. Il y a d’abord cet exercice d’écriture de deux femmes, récit permettant une mise en mots déployant, à elle seule, comme une ouverture thérapeutique, faite d’auto-compréhension de soi, de remise en perspective temporelle et de sens de ce qui est vécu dans, par, « à cause » du corps. Mais ce récit est bien plus qu’une histoire, il est attestation d’un apprentissage, d’une sympathie humaine et « clinique » entre deux personnes, l’une, ayant une grande connaissance du corps via la danse et la médecine, offrant progressivement de se remettre en accord avec son propre corps par la mise en œuvre de séances d’accordage. Et tel est le deuxième enjeu – central – de cet ouvrage : faire entrer progressivement le lecteur dans une compréhension de « l’accordage », méthode que les auteures s’efforcent tout autant de comprendre, parcours difficile car à la conjonction de nombreux points d’attention. Si, pour faire simple, il s’agit pour l’accordeur, Christine, de permettre à Aurélia de reprendre conscience de son propre corps par une relation essentiellement par le toucher, on ne se trouve ni dans une technique de toucher-massage, ni dans une approche psychique de pleine conscience, ni dans une thérapie manuelle de kinésithérapie. Et pourtant, toutes les dimensions de ces « techniques » se trouvent sollicitées par cet effort de permettre à l’autre, la personne malade, d’entrer dans une compréhension-expérience la plus large possible du vécu de ce corps, devenu en temps de maladie, un nouveau « maître de la vie » qu’il importe de connaître en termes d’émotions, de sensibilité (avec lui, l’entourage, la nature) mais surtout de traces mémorielles dont, en lien avec une réelle connaissance de la physiologie, il s’agit de comprendre les significations. Car si cette « technique » d’accordage ne relève pas d’une rationalité opératoire (se fixant des objectifs), elle est réel exercice de la raison cherchant à comprendre un corps – le sien – pour l’habiter au mieux, autrement, dans une autre temporalité et signification. Et c’est à deux, patiente et accordeuse, qu’il s’agit d’advenir à une autre connaissance de soi, réellement opératoire et thérapeutique. C’est cet effort de compréhension de « ce qui se passe » que les deux auteures s’adonnent ici dans un souci de vérité et un grand engagement. Et c’est bien cette dimension qui, nous semble-t-il, ouvre au troisième intérêt de ce livre qui ouvre réellement à une philosophie du soin. Pour reprendre les mots de Paul Ricoeur, il s’agit de déployer, dans la longueur du temps, une « alliance thérapeutique » où patiente et clinicienne se mettent, au cœur de l’expérience, d’accord, en confiance, sur ce qui est fait et les « résultats escomptés », même si ces derniers ne relèvent pas d’un protocole a priori. Ils surgissent d’une relation de confiance, d’une mutuelle exposition inscrite dans une appréhension bio, psycho, sociale et spirituelle de la maladie, proche de ce qu’on nomme de nos jours un spiritual care.On comprendra aisément toute la richesse de ce livre qui, ne cherchant pas à faire école, déploie une autre manière de prendre soin, sous-tendue par une anthropologie consciente de ce qu’elle cherche à déployer : une pleine attention à l’autre – avec et par lui (une réelle capacitation) – en et par son corps. On ne pourra que conseiller ce livre aux entrées multiples au professionnels du soin, aux étudiants en attente d’une médecine, capable d’incertitudes, pour rencontrer l’humain dont elle a le mandat de prendre soin au mieux.Dominique JACQUEMIN

interview

Accordage(s)

Apprendre du corps

Un ouvrage d’écriture de deux femmes frappées par l’expérience de la maladie venue désaccorder leur propre corps. Aurélia, jeune psychologue clinicienne, est porteuse d’un cancer du côlon stade 4 ; Christine, professeure de danse, pédopsychiatre à la retraite, psychanalyste, porteuse d’une maladie auto-immune rare et invalidante (syndrome de Gougerot-Sjören). Il s’agit d’une contribution riche, originale, déroutante parfois permettant, nous semble-t-il, une relecture à trois niveaux. Il y a d’abord cet exercice d’écriture de deux femmes, récit permettant une mise en mots déployant, à elle seule, comme une ouverture thérapeutique, faite d’auto-compréhension de soi, de remise en perspective temporelle et de sens de ce qui est vécu dans, par, « à cause » du corps. Mais ce récit est bien plus qu’une histoire, il est attestation d’un apprentissage, d’une sympathie humaine et « clinique » entre deux personnes, l’une, ayant une grande connaissance du corps via la danse et la médecine, offrant progressivement de se remettre en accord avec son propre corps par la mise en œuvre de séances d’accordage. Et tel est le deuxième enjeu – central – de cet ouvrage : faire entrer progressivement le lecteur dans une compréhension de « l’accordage », méthode que les auteures s’efforcent tout autant de comprendre, parcours difficile car à la conjonction de nombreux points d’attention. Si, pour faire simple, il s’agit pour l’accordeur, Christine, de permettre à Aurélia de reprendre conscience de son propre corps par une relation essentiellement par le toucher, on ne se trouve ni dans une technique de toucher-massage, ni dans une approche psychique de pleine conscience, ni dans une thérapie manuelle de kinésithérapie. Et pourtant, toutes les dimensions de ces « techniques » se trouvent sollicitées par cet effort de permettre à l’autre, la personne malade, d’entrer dans une compréhension-expérience la plus large possible du vécu de ce corps, devenu en temps de maladie, un nouveau « maître de la vie » qu’il importe de connaître en termes d’émotions, de sensibilité (avec lui, l’entourage, la nature) mais surtout de traces mémorielles dont, en lien avec une réelle connaissance de la physiologie, il s’agit de comprendre les significations. Car si cette « technique » d’accordage ne relève pas d’une rationalité opératoire (se fixant des objectifs), elle est réel exercice de la raison cherchant à comprendre un corps – le sien – pour l’habiter au mieux, autrement, dans une autre temporalité et signification. Et c’est à deux, patiente et accordeuse, qu’il s’agit d’advenir à une autre connaissance de soi, réellement opératoire et thérapeutique. C’est cet effort de compréhension de « ce qui se passe » que les deux auteures s’adonnent ici dans un souci de vérité et un grand engagement. Et c’est bien cette dimension qui, nous semble-t-il, ouvre au troisième intérêt de ce livre qui ouvre réellement à une philosophie du soin. Pour reprendre les mots de Paul Ricoeur, il s’agit de déployer, dans la longueur du temps, une « alliance thérapeutique » où patiente et clinicienne se mettent, au cœur de l’expérience, d’accord, en confiance, sur ce qui est fait et les « résultats escomptés », même si ces derniers ne relèvent pas d’un protocole a priori. Ils surgissent d’une relation de confiance, d’une mutuelle exposition inscrite dans une appréhension bio, psycho, sociale et spirituelle de la maladie, proche de ce qu’on nomme de nos jours un spiritual care.On comprendra aisément toute la richesse de ce livre qui, ne cherchant pas à faire école, déploie une autre manière de prendre soin, sous-tendue par une anthropologie consciente de ce qu’elle cherche à déployer : une pleine attention à l’autre – avec et par lui (une réelle capacitation) – en et par son corps. On ne pourra que conseiller ce livre aux entrées multiples au professionnels du soin, aux étudiants en attente d’une médecine, capable d’incertitudes, pour rencontrer l’humain dont elle a le mandat de prendre soin au mieux.Dominique JACQUEMIN

Compte-rendu de colloque

Accordage(s)

Apprendre du corps

Un ouvrage d’écriture de deux femmes frappées par l’expérience de la maladie venue désaccorder leur propre corps. Aurélia, jeune psychologue clinicienne, est porteuse d’un cancer du côlon stade 4 ; Christine, professeure de danse, pédopsychiatre à la retraite, psychanalyste, porteuse d’une maladie auto-immune rare et invalidante (syndrome de Gougerot-Sjören). Il s’agit d’une contribution riche, originale, déroutante parfois permettant, nous semble-t-il, une relecture à trois niveaux. Il y a d’abord cet exercice d’écriture de deux femmes, récit permettant une mise en mots déployant, à elle seule, comme une ouverture thérapeutique, faite d’auto-compréhension de soi, de remise en perspective temporelle et de sens de ce qui est vécu dans, par, « à cause » du corps. Mais ce récit est bien plus qu’une histoire, il est attestation d’un apprentissage, d’une sympathie humaine et « clinique » entre deux personnes, l’une, ayant une grande connaissance du corps via la danse et la médecine, offrant progressivement de se remettre en accord avec son propre corps par la mise en œuvre de séances d’accordage. Et tel est le deuxième enjeu – central – de cet ouvrage : faire entrer progressivement le lecteur dans une compréhension de « l’accordage », méthode que les auteures s’efforcent tout autant de comprendre, parcours difficile car à la conjonction de nombreux points d’attention. Si, pour faire simple, il s’agit pour l’accordeur, Christine, de permettre à Aurélia de reprendre conscience de son propre corps par une relation essentiellement par le toucher, on ne se trouve ni dans une technique de toucher-massage, ni dans une approche psychique de pleine conscience, ni dans une thérapie manuelle de kinésithérapie. Et pourtant, toutes les dimensions de ces « techniques » se trouvent sollicitées par cet effort de permettre à l’autre, la personne malade, d’entrer dans une compréhension-expérience la plus large possible du vécu de ce corps, devenu en temps de maladie, un nouveau « maître de la vie » qu’il importe de connaître en termes d’émotions, de sensibilité (avec lui, l’entourage, la nature) mais surtout de traces mémorielles dont, en lien avec une réelle connaissance de la physiologie, il s’agit de comprendre les significations. Car si cette « technique » d’accordage ne relève pas d’une rationalité opératoire (se fixant des objectifs), elle est réel exercice de la raison cherchant à comprendre un corps – le sien – pour l’habiter au mieux, autrement, dans une autre temporalité et signification. Et c’est à deux, patiente et accordeuse, qu’il s’agit d’advenir à une autre connaissance de soi, réellement opératoire et thérapeutique. C’est cet effort de compréhension de « ce qui se passe » que les deux auteures s’adonnent ici dans un souci de vérité et un grand engagement. Et c’est bien cette dimension qui, nous semble-t-il, ouvre au troisième intérêt de ce livre qui ouvre réellement à une philosophie du soin. Pour reprendre les mots de Paul Ricoeur, il s’agit de déployer, dans la longueur du temps, une « alliance thérapeutique » où patiente et clinicienne se mettent, au cœur de l’expérience, d’accord, en confiance, sur ce qui est fait et les « résultats escomptés », même si ces derniers ne relèvent pas d’un protocole a priori. Ils surgissent d’une relation de confiance, d’une mutuelle exposition inscrite dans une appréhension bio, psycho, sociale et spirituelle de la maladie, proche de ce qu’on nomme de nos jours un spiritual care.On comprendra aisément toute la richesse de ce livre qui, ne cherchant pas à faire école, déploie une autre manière de prendre soin, sous-tendue par une anthropologie consciente de ce qu’elle cherche à déployer : une pleine attention à l’autre – avec et par lui (une réelle capacitation) – en et par son corps. On ne pourra que conseiller ce livre aux entrées multiples au professionnels du soin, aux étudiants en attente d’une médecine, capable d’incertitudes, pour rencontrer l’humain dont elle a le mandat de prendre soin au mieux.Dominique JACQUEMIN

Accordage(s)

Apprendre du corps

Un ouvrage d’écriture de deux femmes frappées par l’expérience de la maladie venue désaccorder leur propre corps. Aurélia, jeune psychologue clinicienne, est porteuse d’un cancer du côlon stade 4 ; Christine, professeure de danse, pédopsychiatre à la retraite, psychanalyste, porteuse d’une maladie auto-immune rare et invalidante (syndrome de Gougerot-Sjören). Il s’agit d’une contribution riche, originale, déroutante parfois permettant, nous semble-t-il, une relecture à trois niveaux. Il y a d’abord cet exercice d’écriture de deux femmes, récit permettant une mise en mots déployant, à elle seule, comme une ouverture thérapeutique, faite d’auto-compréhension de soi, de remise en perspective temporelle et de sens de ce qui est vécu dans, par, « à cause » du corps. Mais ce récit est bien plus qu’une histoire, il est attestation d’un apprentissage, d’une sympathie humaine et « clinique » entre deux personnes, l’une, ayant une grande connaissance du corps via la danse et la médecine, offrant progressivement de se remettre en accord avec son propre corps par la mise en œuvre de séances d’accordage. Et tel est le deuxième enjeu – central – de cet ouvrage : faire entrer progressivement le lecteur dans une compréhension de « l’accordage », méthode que les auteures s’efforcent tout autant de comprendre, parcours difficile car à la conjonction de nombreux points d’attention. Si, pour faire simple, il s’agit pour l’accordeur, Christine, de permettre à Aurélia de reprendre conscience de son propre corps par une relation essentiellement par le toucher, on ne se trouve ni dans une technique de toucher-massage, ni dans une approche psychique de pleine conscience, ni dans une thérapie manuelle de kinésithérapie. Et pourtant, toutes les dimensions de ces « techniques » se trouvent sollicitées par cet effort de permettre à l’autre, la personne malade, d’entrer dans une compréhension-expérience la plus large possible du vécu de ce corps, devenu en temps de maladie, un nouveau « maître de la vie » qu’il importe de connaître en termes d’émotions, de sensibilité (avec lui, l’entourage, la nature) mais surtout de traces mémorielles dont, en lien avec une réelle connaissance de la physiologie, il s’agit de comprendre les significations. Car si cette « technique » d’accordage ne relève pas d’une rationalité opératoire (se fixant des objectifs), elle est réel exercice de la raison cherchant à comprendre un corps – le sien – pour l’habiter au mieux, autrement, dans une autre temporalité et signification. Et c’est à deux, patiente et accordeuse, qu’il s’agit d’advenir à une autre connaissance de soi, réellement opératoire et thérapeutique. C’est cet effort de compréhension de « ce qui se passe » que les deux auteures s’adonnent ici dans un souci de vérité et un grand engagement. Et c’est bien cette dimension qui, nous semble-t-il, ouvre au troisième intérêt de ce livre qui ouvre réellement à une philosophie du soin. Pour reprendre les mots de Paul Ricoeur, il s’agit de déployer, dans la longueur du temps, une « alliance thérapeutique » où patiente et clinicienne se mettent, au cœur de l’expérience, d’accord, en confiance, sur ce qui est fait et les « résultats escomptés », même si ces derniers ne relèvent pas d’un protocole a priori. Ils surgissent d’une relation de confiance, d’une mutuelle exposition inscrite dans une appréhension bio, psycho, sociale et spirituelle de la maladie, proche de ce qu’on nomme de nos jours un spiritual care.On comprendra aisément toute la richesse de ce livre qui, ne cherchant pas à faire école, déploie une autre manière de prendre soin, sous-tendue par une anthropologie consciente de ce qu’elle cherche à déployer : une pleine attention à l’autre – avec et par lui (une réelle capacitation) – en et par son corps. On ne pourra que conseiller ce livre aux entrées multiples au professionnels du soin, aux étudiants en attente d’une médecine, capable d’incertitudes, pour rencontrer l’humain dont elle a le mandat de prendre soin au mieux.Dominique JACQUEMIN

Vidéo

Accordage(s)

Apprendre du corps

Un ouvrage d’écriture de deux femmes frappées par l’expérience de la maladie venue désaccorder leur propre corps. Aurélia, jeune psychologue clinicienne, est porteuse d’un cancer du côlon stade 4 ; Christine, professeure de danse, pédopsychiatre à la retraite, psychanalyste, porteuse d’une maladie auto-immune rare et invalidante (syndrome de Gougerot-Sjören). Il s’agit d’une contribution riche, originale, déroutante parfois permettant, nous semble-t-il, une relecture à trois niveaux. Il y a d’abord cet exercice d’écriture de deux femmes, récit permettant une mise en mots déployant, à elle seule, comme une ouverture thérapeutique, faite d’auto-compréhension de soi, de remise en perspective temporelle et de sens de ce qui est vécu dans, par, « à cause » du corps. Mais ce récit est bien plus qu’une histoire, il est attestation d’un apprentissage, d’une sympathie humaine et « clinique » entre deux personnes, l’une, ayant une grande connaissance du corps via la danse et la médecine, offrant progressivement de se remettre en accord avec son propre corps par la mise en œuvre de séances d’accordage. Et tel est le deuxième enjeu – central – de cet ouvrage : faire entrer progressivement le lecteur dans une compréhension de « l’accordage », méthode que les auteures s’efforcent tout autant de comprendre, parcours difficile car à la conjonction de nombreux points d’attention. Si, pour faire simple, il s’agit pour l’accordeur, Christine, de permettre à Aurélia de reprendre conscience de son propre corps par une relation essentiellement par le toucher, on ne se trouve ni dans une technique de toucher-massage, ni dans une approche psychique de pleine conscience, ni dans une thérapie manuelle de kinésithérapie. Et pourtant, toutes les dimensions de ces « techniques » se trouvent sollicitées par cet effort de permettre à l’autre, la personne malade, d’entrer dans une compréhension-expérience la plus large possible du vécu de ce corps, devenu en temps de maladie, un nouveau « maître de la vie » qu’il importe de connaître en termes d’émotions, de sensibilité (avec lui, l’entourage, la nature) mais surtout de traces mémorielles dont, en lien avec une réelle connaissance de la physiologie, il s’agit de comprendre les significations. Car si cette « technique » d’accordage ne relève pas d’une rationalité opératoire (se fixant des objectifs), elle est réel exercice de la raison cherchant à comprendre un corps – le sien – pour l’habiter au mieux, autrement, dans une autre temporalité et signification. Et c’est à deux, patiente et accordeuse, qu’il s’agit d’advenir à une autre connaissance de soi, réellement opératoire et thérapeutique. C’est cet effort de compréhension de « ce qui se passe » que les deux auteures s’adonnent ici dans un souci de vérité et un grand engagement. Et c’est bien cette dimension qui, nous semble-t-il, ouvre au troisième intérêt de ce livre qui ouvre réellement à une philosophie du soin. Pour reprendre les mots de Paul Ricoeur, il s’agit de déployer, dans la longueur du temps, une « alliance thérapeutique » où patiente et clinicienne se mettent, au cœur de l’expérience, d’accord, en confiance, sur ce qui est fait et les « résultats escomptés », même si ces derniers ne relèvent pas d’un protocole a priori. Ils surgissent d’une relation de confiance, d’une mutuelle exposition inscrite dans une appréhension bio, psycho, sociale et spirituelle de la maladie, proche de ce qu’on nomme de nos jours un spiritual care.On comprendra aisément toute la richesse de ce livre qui, ne cherchant pas à faire école, déploie une autre manière de prendre soin, sous-tendue par une anthropologie consciente de ce qu’elle cherche à déployer : une pleine attention à l’autre – avec et par lui (une réelle capacitation) – en et par son corps. On ne pourra que conseiller ce livre aux entrées multiples au professionnels du soin, aux étudiants en attente d’une médecine, capable d’incertitudes, pour rencontrer l’humain dont elle a le mandat de prendre soin au mieux.Dominique JACQUEMIN

Accordage(s)

Apprendre du corps

Un ouvrage d’écriture de deux femmes frappées par l’expérience de la maladie venue désaccorder leur propre corps. Aurélia, jeune psychologue clinicienne, est porteuse d’un cancer du côlon stade 4 ; Christine, professeure de danse, pédopsychiatre à la retraite, psychanalyste, porteuse d’une maladie auto-immune rare et invalidante (syndrome de Gougerot-Sjören). Il s’agit d’une contribution riche, originale, déroutante parfois permettant, nous semble-t-il, une relecture à trois niveaux. Il y a d’abord cet exercice d’écriture de deux femmes, récit permettant une mise en mots déployant, à elle seule, comme une ouverture thérapeutique, faite d’auto-compréhension de soi, de remise en perspective temporelle et de sens de ce qui est vécu dans, par, « à cause » du corps. Mais ce récit est bien plus qu’une histoire, il est attestation d’un apprentissage, d’une sympathie humaine et « clinique » entre deux personnes, l’une, ayant une grande connaissance du corps via la danse et la médecine, offrant progressivement de se remettre en accord avec son propre corps par la mise en œuvre de séances d’accordage. Et tel est le deuxième enjeu – central – de cet ouvrage : faire entrer progressivement le lecteur dans une compréhension de « l’accordage », méthode que les auteures s’efforcent tout autant de comprendre, parcours difficile car à la conjonction de nombreux points d’attention. Si, pour faire simple, il s’agit pour l’accordeur, Christine, de permettre à Aurélia de reprendre conscience de son propre corps par une relation essentiellement par le toucher, on ne se trouve ni dans une technique de toucher-massage, ni dans une approche psychique de pleine conscience, ni dans une thérapie manuelle de kinésithérapie. Et pourtant, toutes les dimensions de ces « techniques » se trouvent sollicitées par cet effort de permettre à l’autre, la personne malade, d’entrer dans une compréhension-expérience la plus large possible du vécu de ce corps, devenu en temps de maladie, un nouveau « maître de la vie » qu’il importe de connaître en termes d’émotions, de sensibilité (avec lui, l’entourage, la nature) mais surtout de traces mémorielles dont, en lien avec une réelle connaissance de la physiologie, il s’agit de comprendre les significations. Car si cette « technique » d’accordage ne relève pas d’une rationalité opératoire (se fixant des objectifs), elle est réel exercice de la raison cherchant à comprendre un corps – le sien – pour l’habiter au mieux, autrement, dans une autre temporalité et signification. Et c’est à deux, patiente et accordeuse, qu’il s’agit d’advenir à une autre connaissance de soi, réellement opératoire et thérapeutique. C’est cet effort de compréhension de « ce qui se passe » que les deux auteures s’adonnent ici dans un souci de vérité et un grand engagement. Et c’est bien cette dimension qui, nous semble-t-il, ouvre au troisième intérêt de ce livre qui ouvre réellement à une philosophie du soin. Pour reprendre les mots de Paul Ricoeur, il s’agit de déployer, dans la longueur du temps, une « alliance thérapeutique » où patiente et clinicienne se mettent, au cœur de l’expérience, d’accord, en confiance, sur ce qui est fait et les « résultats escomptés », même si ces derniers ne relèvent pas d’un protocole a priori. Ils surgissent d’une relation de confiance, d’une mutuelle exposition inscrite dans une appréhension bio, psycho, sociale et spirituelle de la maladie, proche de ce qu’on nomme de nos jours un spiritual care.On comprendra aisément toute la richesse de ce livre qui, ne cherchant pas à faire école, déploie une autre manière de prendre soin, sous-tendue par une anthropologie consciente de ce qu’elle cherche à déployer : une pleine attention à l’autre – avec et par lui (une réelle capacitation) – en et par son corps. On ne pourra que conseiller ce livre aux entrées multiples au professionnels du soin, aux étudiants en attente d’une médecine, capable d’incertitudes, pour rencontrer l’humain dont elle a le mandat de prendre soin au mieux.Dominique JACQUEMIN