Chapitre 6 : Temporalité et sentiment d’impuissance

Introduction

Comment décririez-vous ce qu’est « le bon moment » pour entreprendre un travail psycho-thérapeutique et/ou un accompagnement spirituel suite à un psycho-traumatisme?

blessure

De même qu’on n’ouvre pas le pansement d’une plaie sans pouvoir être assuré qu’elle pourra être soignée et protégée par la suite, nous devons pouvoir assurer un minimum de conditions avant de poser des questions qui pourraient rappeler le trauma, le mettre à vif.

  1. Témoin du PTSD
  2. Sentiment d’impuissance
  3. Face à l’évocation spontanée du trauma
  4. Faire résonner l’intériorité (poèmes)

1. Témoin de l'impact du psycho-trauma

De toute évidence, le traumatisme n’est pas quelque chose dont les personnes vont parler facilement.

Elles ont besoin :

  • d’un cadre sécurisé tout d’abord,
  • pour la plupart de stabilité,
  • de relation de confiance,
  • de sentir le bon moment – une période a priori plutôt longue, sécurisée, et non une période de transit – ,
  • la présence de quelqu’un qui parle la langue, d’un interprète,
  • un certain soutien affectif et social sont aussi importants
  • et bien évidemment d’une décision intérieure, d’une motion intérieure.

Ainsi l’accompagnant est témoin
des manifestations du psycho-trauma (Stress post-traumatique – PTSD)

plus souvent qu’il n’accueille le récit du trauma.

 

Nous pouvons observer des signes du psycho-trauma chez les personnes accueillies ou soignées, ainsi que l’impact douloureux de celui-ci dans leur vie. Cependant, lorsque la plupart de ces conditions ne sont pas réunies, les personnes ne peuvent pas entreprendre le travail thérapeutique en profondeur.

 

La responsabilité de l’aidant, l’accompagnant ou le soignant est de faire en sorte, si c’est possible, que les conditions soient réunies (sécurité, stabilité, soutien) mais dans de nombreuses situations, ce ne sera pas possible ou pas encore le moment.

2. Sentiment d'impuissance

Être témoin de ces signes sans que la personne n’entreprenne ou ne puisse entreprendre un travail thérapeutique peut engendrer un sentiment de grande impuissance chez l’accompagnant. L’accompagnant peut en effet constater des éléments qui montrent combien le trauma vécu, continue à « torturer » (ou « menacer ») la vie des personnes au quotidien sans qu’elles ne puissent entreprendre un travail thérapeutique.

 

Il s’agit de continuer à encourager régulièrement ces personnes, et de leur indiquer qu’il leur revient de définir le moment où elles se sentiront prêtes à exprimer, d’une manière ou d’une autre, ce qui leur est arrivé.

 

De manière analogue, on peut avoir identifié un coping négatif, mais être conscient que ce coping permet à la personne concernée de « tenir le coup » un certain temps. Dans l’attente d’un espace/temps sécurisant, un coping spirituel négatif peut être le seul « moyen » à disposition pour gérer ce qui arrive. Sachant qu’à long terme la stratégie risque d’être délétère, il est possible de poser parfois des jalons pour la suite (des phrases d’encouragement, des conseils et coordonnées de lieux ou de personnes, etc.) Ces jalons se font dans une certaine discrétion, celle de la personne qui pense avoir vu, deviné, mais qui respecte les stratégies conscientes ou inconscientes des personnes.

 

 

Pour aller plus loin, un module sur l’impuissance sera disponible en 2024. En introduction à cette thématique nous vous proposons une vidéo du Dr Patrick Bodenmann, Professeur à l’Université de Lausanne et Chef du Département Vulnérabilités et médecine sociale.

 

Il présente une réflexion sur l’impuissance mais aussi la puissance d’une équipe « soignant-soigné », « aidant-aidé ». Il l’évoque comme une danse (un tango !) qui doit trouver le bon tempo.

 

3. Face à l'évocation spontanée de trauma 

4. Faire résonner l’intériorité

Nous vous proposons de rentrer dans des récits de personnes ayant subi un traumatisme par la poésie. Non pour ajouter un baume sur une plaie vive, pour rendre supportable l’horreur, mais parce que justement la poésie peut emmener plus loin, faire résonner l’intériorité d’âme à âme.

 

La beauté de ces poèmes est spirituelle dans le sens où quelque chose transcende la cruauté, mais sans l’estomper au contraire : l’horreur, pour être communiquée à une fraternité humaine, a besoin de trouver des modalités d’expression particulières. La capacité de communiquer l’intensité de la souffrance à d’autres nous réunit, rédacteur.rice et lecteur.rice, dans un échange qu’il est rarement possible de vivre au quotidien avec des personnes migrantes.

 

Le passage à la poésie, ou au récit rédigé ou chanté, est un processus qui peut permettre de sortir du vécu et de la reviviscence à l’état “brut”. Ce chemin permet une certaine forme de réconciliation avec ce qui a pu se passer, sans en diminuer le drame, ni le fait de rester, marqué, à vie.

 

Ces créations artistiques peuvent être proposées en partage dans les lieux d’accueil pour ceux qui y transitent et nourrir la réflexion des personnes qui y travaillent.

 

Forum

Nous vous invitons à partager un livre, un poème, un film qui vous a particulièrement touché et qui, pour vous, lie migration-spiritualités-vulnérabilités.

Pourriez-vous nous décrire en quoi vous avez appris quelque chose sur ces thématiques ?

Et ce qui vous a particulièrement touché ?

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