Questions posées au RESSPIR

Pourquoi avez-vous mis Spiritualités au pluriel ? Quelle est l’identité confessionnelle de ce Réseau ? Ajouter le souci de la dimension spirituelle aux professionnels de la santé, cela ne va-t-il pas les surcharger ?

Nous partageons ici quelques exemples de questions souvent posées aux membres du Réseau Santé, Soins et Spiritualités.

Si vous désirez vous aussi poser des questions, n’hésitez pas à vous adresser à Contact et nous vous répondrons soit personnellement soit en publiant votre question et nos réponses.

 

Pourquoi avez-vous mis Spiritualités au pluriel ?

L’expérience spirituelle des hommes et des femmes d’aujourd’hui est plurielle, dans sa manifestation, ses ressources, sa manière d’unifier l’existence en termes de sens ; cette dernière dimension étant commune à la pluralité de manières de vivre cette expérience toujours personnelle. Si on met le terme de « spiritualité » en lien avec des traditions religieuses ou philosophiques, ces dernières sont également multiples. Enfin, le pluriel signifie que le Réseau ne prône pas un « modèle type » de spiritualité mais s’efforce plutôt de proposer des points d’appui, des repères pour repérer des lieux, des modalités, des traditions où la spiritualité s’avère être une ressource pour aujourd’hui, tant pour les professionnels, les personnes souffrantes que les institutions de soins.

Quelle est l’identité confessionnelle de ce Réseau ?

Cette question renvoie peut-être à une perception « étroite » de la spiritualité comme si cette dernière se cantonnait à la dimension religieuse de la spiritualité. Or, cette dernière inclut et assume la dimension religieuse, sans s’y réduire formellement. En ce qui concerne l’identité confessionnelle du Réseau, nous n’avons pas posé notre objectif dans cet horizon – la spiritualité ouvrant à un champ plus large d’expériences et de référentiels – même si la majorité des membres animant ce Réseau s’inscrivent dans la tradition chrétienne.

Ajouter le souci de la dimension spirituelle aux professionnels de la santé, cela ne va-t-il pas les surcharger ?

La question est évidemment très intéressante. Le tout est d’abord de se mettre d’accord si l’attention au spirituel est ou non de l’ordre de « l’ajout » au mandat de soin, d’une dimension non naturelle de l’expérience et de la rencontre soignante. C’est vrai qu’une approche en termes de « besoins spirituels » pourrait y faire penser. Si « le spirituel » est à penser davantage dans le registre du désir de l’autre, se manifestant dans l’implicite – parfois l’explicite – de la relation de soin, il ne sera pas à appréhender dans le registre d’un plus « à faire » mais davantage dans l’horizon de ce que l’autre, la personne souffrante, manifeste du sens, des attentes de sa propre vie. Certes, cette attention relève d’une certaine responsabilité du professionnel, celle d’être attentif à tout ce qu’est et vit l’autre au cœur de l’acte de soin, celle de se faire au mieux présent mais ne relève pas, de notre point de vue, d’un surplus « à faire », mais bien d’une présence à ce qui est habituellement fait.

 

Est-ce que vous allez promouvoir « les soins spirituels » ?

Nous allons promouvoir en effet l’attention à la dimension spirituelle de toutes les personnes en situation de maladie ou d’handicap. L’accompagnement qui découle de ce souci, ainsi que l’adaptation et la créativité dans les soins, mais aussi les impacts institutionnels et politiques de cette préoccupation, seront au centre de nos questions, formations, recherches et échanges de pratiques.

Cependant la réduction de cet accompagnement et de cette créativité au mot « soins », venant du terme Spiritual Care en anglais, nous pousse en francophonie à trouver d’autres voies, d’autres manière de nommer ces moments de présence entre personnes malades, professionnels de la santé et responsables de l’accompagnement spirituel en milieu de soins. En français, le mot « soin » n’intègre pas la richesse du mot « Care » et engendre dans la représentation linguistique une réduction à la sphère médicale et soignante. Or l’accompagnement spirituel dépasse les objectifs médicaux et les objectifs de soins, il est ainsi difficile d’utiliser le terme « Care-soin » pour celui-ci.

C’est souvent à défaut d’avoir un vocabulaire qui puisse aujourd’hui convaincre qu’il est utilisé. Un renouvellement soit des mots ou bien de la compréhension des termes utilisés semble nécessaire pour clarifier ce qui est fait, par qui, comment et pourquoi dans nos cultures et selon les contextes locaux en francophonie et plus largement dans le monde.

Nous allons promouvoir, sachant toutes ces précautions de concepts et de vocabulaires, une meilleure connaissance du phénomène « Spiritual Care » en commençant par mettre un pluriel aux « Spiritual Care » tant les modèles peuvent être différents. Il nous importe d’oser aujourd’hui aborder avec les sensibilités du monde francophone ce que ces courants proposent en terme de chances, de risques, de propositions d’acculturation ou d’alternatives. Nous pensons que ce débat pourra être fécond dans la mesure de l’implication des acteurs du terrain, des formateurs et des chercheurs qui actuellement s’intéressent et travaillent cette problématique avec leur sensibilité propre, leurs expériences, leurs liens aux différentes institutions auxquelles ils sont liés.

Nous allons ainsi promouvoir l’audace, qui, aux travers des questions que posent les « soins spirituels » au monde francophone, pourra poser les bonnes questions à nos institutions politiques, sanitaires, ecclésiales et essaierons de chercher ensemble, avec les personnes et institutions préoccupées par ce même souci, les mots, les concepts, les pratiques, à découvrir et à construire ensemble.

Pourquoi créer un réseau francophone, et même le traduire en anglais, alors qu'il y a déjà des réseaux anglophones ?

« Pudeur et prudence, de la laïcité à la française à notre réseau:

Le confinement de la pratique religieuse (et de sa dynamique spirituelle) à la sphère privée ainsi que la diversité des référentiels « au spirituel », nous obligeaient en effet à approcher l’objet d’une manière plus context sensitive. Cette approche au-delà des pays francophones, concerne l’Europe plus largement qui ne se reconnaît pas facilement dans l’approche nord-américaine beaucoup plus décomplexée, visible dans le choix des études, des livres et des formations portées au public Outre-Atlantique.

Spécificité du RESSPIR:

Le Global Network for Spiritual And Health, GNSAH, (Puchalski, Vitillo, Jafari, 2016), un autre réseau dans le domaine spirituel, s’est constitué dans le contexte nord-américain. Leurs rencontres depuis 2012 ont permis de trouver une définition consensuelle commune de la spiritualité en milieu de soins et de décliner des axes stratégiques pour atteindre leurs objectifs.  En 2014, sous la guidance du GNSAH, l’OMS adopte une résolution pour les soins palliatifs qui intègre la dimension spirituelle (Vitillo et Puchalski, 2014). Actuellement, ce réseau élabore un chapitre pour un manuel destiné à être publié par l’OMS en vue d’implémenter cette résolution. Cette inscription dans les chartes et constitutions nous semble en effet un appui fondamental pour le développement du Spiritual Care, pour sa reconnaissance et son financement, en particulier pour la formation. Viser à des définitions consensuelles est une des stratégies possibles ; notre approche se situe, pour l’instant, davantage dans l’éclairage et la mise en perspective des tensions qui nous habitent. Ces tensions entre les différents niveaux disciplinaires, géographiques et confessionnels, révèlent nos cultures et nous permettent de mieux nous comprendre : « D’où parlons-nous ? ». Le dernier numéro de la Collection Soins et Spiritualités (Jacquemin, 2016) met en valeur ces tensions, en mettant en scène la question des « besoins » spirituels dans les différentes disciplines. Ainsi, comprendre en profondeur les présupposés des autres acteurs de l’accompagnement ou des soins, nous permet d’entrer dans un travail interdisciplinaire fécond.  De manière similaire, nous voudrions nous situer en lien et en tension avec les pratiques religieuses (particulièrement dans leurs traductions pastorales) pour mieux en dégager les spécificités, les difficultés et les ressources inhérentes à chacune d’entre elles. »